Les étapes de la vie spirituelle
Ce numéro clôt une série de bulletins qui ont traité sous différents angles certains aspects du vaste champ de notre vie avec Dieu. Pour conclure et en même temps ouvrir des perspectives, voici quelques réflexions sur les étapes fondamentales de la vie spirituelle.
La vie spirituelle chrétienne désigne l’expérience que l’homme fait du Dieu de Jésus-Christ par l’Esprit : expérience de la vie du Dieu trinitaire en ma vie, ce Dieu d’amour que je peux rencontrer, avec qui je peux entrer en relation et que je peux apprendre à aimer. Cette expérience est rendue possible avant tout par l’initiative de Dieu qui nous a aimés le premier et qui nous donne d’entrer en relation avec lui.
Comme toute relation, la relation entre Dieu et l’homme connaît une croissance en profondeur et en intimité, si elle est entretenue. Elle est soumise à des changements et des évolutions, est en mouvement et en devenir et ne saurait être enfermée dans des règles absolues ni – encore moins – être qualifiée ou mesurée sur la base de critères universels. Toutefois, très tôt dans l’histoire de l’Église et de la spiritualité, des étapes marquées d’expériences similaires ont été repérées dans le cheminement spirituel de l’être humain. La classification la plus courante est celle du pseudo-Denys (IVème siècle) : voie purgative, voie illuminative et voie unitive. De nombreux maîtres spirituels ont ensuite explicité ces trois étapes, leurs caractéristiques et leurs défis, pour orienter la recherche de Dieu et donner des repères aux accompagnateurs spirituels. Ainsi, Thérèse d’Avila parle de sept demeures (Le château intérieur) et Ignace de Loyola de quatre semaines (Les exercices spirituels).
Via purgativa
La relation entre Dieu et l’homme débute généralement par une période de purification. Suite à une première rencontre avec Dieu et avec le message de l’Évangile, l’homme est porté à changer de vie, de mœurs et de valeurs. Il cherche le contact avec Dieu dans la prière, la lecture de la Parole de Dieu, la fréquentation de l’Église et la pratique des sacrements. Plus il côtoie Dieu qui est lumière, plus il perçoit sa propre opacité et son besoin de purification. Ce temps est marqué par une prière active, des efforts ascétiques, le désir ardent de réformer sa vie pour faire place à la nouveauté du Christ. Il est souvent jalonné d’un certain nombre de combats et de tensions, mais également empreint de la joie de la rencontre avec Celui qu’on cherche depuis si longtemps. Sans vouloir établir de frontières rigides, on peut dire que les trois premières demeures du Château intérieur correspondent à la Via Purgativa, ainsi que la première semaine des Exercices de saint Ignace.
Via illuminativa
La fidélité aux exigences de purification porte son fruit et mène vers une nouvelle qualité relationnelle insoupçonnée. Les victoires remportées sur toutes sortes d’enfermement intérieurs ouvrent des portes vers l’autre, bloquées auparavant. La personne passée par ces purifications se voit illuminée de l’intérieur. Elle s’ouvre à Dieu, à soi-même et à l’autre par une capacité d’amour, d’écoute et d’empathie toute nouvelle qui la surprend et en même temps la comble. L’attitude primordiale de cette période est celle de l’accueil. Dieu parle à travers toutes choses, tant dans la prière proprement dite (qui devient plus passive, moins laborieuse) que dans notre vécu quotidien (relations humaines, nature, événements, tâches et devoirs, lectures, etc.). La présence divine est forte et transformante, sans être nécessairement toujours ressentie. La Via illuminativa est décrite dans le Château intérieur, surtout dans les quatrièmes demeures et se situe, dans le chemin des Exercices, dans la deuxième et troisième semaine.
Via unitiva
Adhérer à l’œuvre de Dieu en ces temps d’illumination va peu à peu creuser encore davantage notre capacité relationnelle jusqu’à l’amour unitif, amour qui dépasse tout ce qui nous sépare de nous-mêmes, des autres et du Tout-Autre. Qui dit unité ne dit jamais fusion, mais relation la plus proche possible sans perte de l’identité propre. L’étape de l’union à Dieu désigne le sommet de toute vie spirituelle, l’amour le plus pur, la perte la plus totale de soi en Dieu. Le mode de relation est alors l’abandon confiant en l’œuvre de Dieu qui ne peut plus être saisie ni encore moins comprise par l’être humain. La Via unitiva, décrite par sainte Thérèse d’Avila dans les cinquièmes, sixièmes et septièmes demeures et par saint Ignace dans les troisième et quatrième semaine des Exercices, connaît des expériences fortes de présence de Dieu tout autant que des expériences fortes d’apparente absence de Dieu.
Dynamiques de l’Esprit
Nous pouvons donc observer une certaine régularité, des balises qui nous orientent dans cette grande aventure qu’est notre pèlerinage vers Dieu. Mais, il convient de le répéter, il ne s’agit ni d’une ascension linéaire, ni d’une invitation à atteindre un sommet par nos propres forces, ni d’un système de mesure ou de comparaison de notre avancement spirituel.
Méditer ces dynamiques permet de nous plonger dans l’admiration du mystère de la relation et d’entrevoir la profondeur d’amour à laquelle nous sommes tous appelés. Ces dynamiques agissent au cours d’un temps de prière, d’une de nos journées ou encore dans la structure de nos célébrations eucharistiques. Ainsi, tout ce qui touche à la relation est empreint d’un mouvement constant, un peu comme le mouvement des vagues de la mer qui ne cesse jamais. Le défi est donc de nous laisser prendre par ce mouvement toujours nouveau, jamais abouti parce qu’il est infini. « N’oublions pas que la vie spirituelle n’est pas un concours, une compétition, une course d’obstacles que nous pourrions mener à la force du poignet en comptant sur nos propres ressources. Elle est avant tout consentement à la vie de Dieu en nous », dit avec raison Jean-Pierre Rosa.
Laissons-nous entraîner docilement dans ce mouvement en spirale qui, en passant toujours à nouveau par des temps de purification, des temps d’illumination et des temps d’union, nous mènera aux profondeurs de l’amour et donc de notre Dieu…
|
Différentes étapes du passage de la peur à la charité Il existe maintes manières de décrire les étapes de la vie spirituelle. Monty Williams, jésuite canadien, dans son livre The way of the Faithful – the Dynamics of Spiritual Desire, décrit différentes étapes de ce qu’il appelle le passage de la peur à la charité. Cette présentation avec des termes plus modernes peut compléter notre compréhension de ces dynamiques. |
La citation
« Dieu ne demande pas notre héroïsme, il ne demande que notre amour, notre adhésion. » (Sainte Thérèse d’Avila)
Pour aller plus loin…Rien que pour aujourd’hui Le Catéchisme de l’Église Catholique nomme trois formes basiques de prière : la prière vocale, la méditation et l’oraison. De même que les étapes de la vie spirituelle se relaient constamment, ainsi en est-il de ces trois formes de prière. L’une ou l’autre peut devenir notre forme de prière prépondérante, mais toutes restent à notre disposition et peuvent être un soutien décisif à un moment donné. Lectures
|
Retrouvez les articles précédents de notre série « Vie d’oraison ».
Textes écrits par des frères et sœurs de la Communauté des Béatitudes et édités aux Éditions des Béatitudes – ©droits réservés