Vie d’Oraison : Le discernement des esprits (n°26)

Publié le 09 mars 2021

 Le discernement des esprits est un thème important et vaste de la vie spirituelle. Nous allons l’aborder ici sous l’angle ignatien.

Une découverte

Rien ne semblait destiner Ignigo à devenir « saint Ignace ». Gentilhomme et guerrier désireux de séduire une dame très « au-dessus de son rang », militaire, il fait la guerre et, leader-né, il réussit à convaincre les combattants de la citadelle de Pampelune, qu’il défend, qu’il vaut mieux mourir en combattant que de se rendre. Pendant l’assaut il est blessé par un boulet de canon qui lui fracasse la jambe. Convalescent et cloué au lit chez son frère, il se fait apporter tous les livres de la maison : quelques romans de chevalerie, et puis la Légende dorée, l’Imitation de Jésus Christ, l’Évangile…

Pour occuper son temps il lit, puis, fatigué, il ferme les yeux et laisse son esprit vagabonder dans la rêverie. Dans cette rêverie il s’imagine :

  • soit dans des exploits comme ceux de la chevalerie ; il aime ces rêves qui flattent son ego, mais qui laissent en lui un goût amer ;
  • soit dans des exploits de la vie des saints qui laissent en lui une impression paisible et douce. 

De cette observation des « mouvements des esprits » va naître la pédagogie de l’écoute des motions divines qu’il inscrira ensuite dans les Exercices spirituels. Il observe en particulier :

  • la consolation, c’est-à-dire l’influence divine qui laisse en l’âme une impression de joie et de paix durable. Cette consolation est un courant profond dans l’âme qui produit le « goût spirituel intérieur » ;
  • la désolation, c’est-à-dire ce que l’ennemi, le monde, ou simplement l’agitation du « moi » dépose en l’âme : une impression d’amertume et de trouble. 

En observant « cette météo intérieure », Ignace va découvrir le fonctionnement du discernement qu’il décrit dans son livre des Exercices spirituels sous la forme de règles (n° 314 à 336).

Vivre puis relire l’expérience

La méthode qu’il nous propose est de repérer dans notre prière, mais aussi dans notre vie, les moments de « consolation » qui sont la signature de l’Esprit Saint. Pour cela, nous avons besoin de faire l’exercice de porter un regard pointu sur ce que nous avons vécu. En effet, il nous est impossible de vivre l’expérience de la prière, de la mission, de l’engagement et en même temps de discerner. C’est pourquoi Ignace insistera toujours auprès de ses frères Jésuites pour qu’ils n’abandonnent pas la « relecture » de leur vie (à l’époque on parlait d’examen de conscience).

Consolation ? Désolation ?

C’est aussi pour cela qu’il conseille de toujours écrire quelques mots après une prière ou une expérience significative, de façon à garder des traces de ce qui a été vécu. Avec le temps on voit apparaître les moments où l’âme était brûlante de la présence de Dieu, et les moments où Dieu semblait absent. 

Ainsi, selon les termes même d’Ignace, la consolation se caractérise par un mouvement intérieur pour aimer Dieu, des larmes qui font revenir à lui, par tout ce qui fait grandir la foi, l’espérance et l’amour et ce qui apaise et pacifie l’âme. La désolation, quant à elle, c’est davantage un état où l’âme est paresseuse et tiède. C’est l’expérience de l’obscurité, du trouble, caractérisée par un mouvement pour les choses basses et égoïstes, une agitation, des tentations, et par une absence de confiance et d’amour.  

Que faire alors ?

Dans la consolation :

  • Pense à rester humble, et souviens-toi que tu peux en une fraction de seconde tomber dans la désolation…
  • Pense à comment tu désires te comporter lorsque la désolation te recouvrira.

Dans la désolation :

  • Souviens-toi des moments de consolation et n’oublie pas que Dieu ne permet pas, même si tu ne le sens pas, que tu sois éprouvé au-delà de tes forces.
  • Ne prends aucune décision d’importance, car elle serait inspirée par le trouble ambiant.
  • Tiens bon dans les décisions que tu as prises lorsque tu étais dans la consolation.
  • Donne davantage d’énergie à ta vie spirituelle, de façon à lutter contre la morosité de la météo intérieure qui voudrait s’installer.

Apprendre à discerner

« L’ennemi de la nature humaine », que ce soit notre « chair » ou bien l’ange des ténèbres, se manifeste dans les multiples tentations, idées, pensées, dégoûts, mais aussi par des désirs qui paraissent venir de Dieu mais qui, subrepticement, nous font dévier. Ignace a bien connu cela dans sa retraite à Manrèse, alors qu’il avait commencé à changer sa vie. Fort de cette expérience, il écrit dans les Exercices spirituels que « l’ange mauvais se déguise en ange de lumière » en produisant une consolation dans l’âme dans l’intention de l’amener ensuite à s’égarer. Chacun de nous pourrait trouver dans sa vie des exemples assez caractéristiques de cette tentation. Tout commence par un zèle puissant pour Dieu et finit dans la désolation et le péché, la désunion… 

Pour contrer cette ruse de l’ennemi, Ignace propose un examen précis des pensées : avant, pendant et juste après la consolation. L’idée est de rechercher à quel moment le mauvais esprit a infléchi la bonne action vers le mal ou l’égoïsme. 

Par exemple je peux être très consolé de participer à la « prière des frères » et encore plus parce qu’il y avait une belle « onction » et durant cette prière ressentir un sentiment de « puissance » à l’intérieur de moi. Puis quelques jours après, ressentir un sentiment de dégoût pour ma vie simple de travail et d’oraison, et un peu plus tard me dire que je suis fait pour une autre vie plus intense… À quel moment est entrée la mauvaise herbe de l’amertume ? C’est ici que l’examen des pensées devient absolument nécessaire. 

Au fond, discerner c’est cultiver une sensibilité du cœur, d’une part à l’esprit de l’Évangile pour s’y attacher, et d’autre part à l’esprit de perdition pour en déjouer les pièges. Loin d’être un exercice de type intellectuel, il s’agit de développer une qualité d’attention à ce qui nous traverse pour accepter ce qui vient de Dieu et rejeter ce qui lui fait obstacle.

 

Citation

« Ce n’est pas d’en savoir beaucoup qui rassasie l’âme, mais de sentir et de goûter les choses intérieurement. » Saint Ignace

 

Pour aller plus loin…

Rien que pour aujourd’hui :

  • Pendant une semaine, je prends le temps de faire une relecture de ce qui s’est passé en moi à la fin du temps d’adoration (ou d’oraison) et j’essaie de voir quel « esprit » m’a habité, quelles voix ont pris la place en moi, et ce que cela a produit en moi de consolation ou de désolation.
  • Je peux élargir l’observation sur d’autres moments de mon quotidien : la lectio, mes pensées durant le temps de travail, d’un entretien, d’un partage fraternel, etc.

Livres :

 

Retrouvez les articles précédents de notre série « Vie d’oraison ».
(publication éditée par des frères et sœurs de la Communauté des Béatitudes – ©droits réservés).

*Le Livre de Vie de la Communauté est le texte fondateur de la spiritualité de la Communauté. Vous pouvez le télécharger ici ou le commander aux Editions des Béatitudes.

Auteur : Oraison

Ces articles sur la vie d'oraison sont extraits du bulletin mensuel "Il est là !" publié à l'usage des membres de la Communauté des Béatitudes et de leurs amis. Il est rédigé par un collectif de laïcs, prêtres, frères et sœurs consacrés, membres de la Communauté, avec le désir de stimuler la vie de prière, essentielle à la vocation aux Béatitudes comme à toute vie chrétienne authentique... C'est pourquoi nous sommes heureux de vous partager ces contenus simples.

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