Vie d’Oraison : Oraison, source de paix (n°23)

« Je vous laisse la paix ; c’est ma paix que je vous donne, non comme le monde la donne. » (Jn 14, 27) Cette paix, c’est Jésus lui-même, le « Prince de la paix » (Is 9, 5). Dans ce « commerce d’amitié » qu’est l’oraison, nous nous prédisposons tout particulièrement à accueillir Jésus, donc sa paix, et à en bénéficier pour le reste de la journée.

Source d’unité

L’oraison est source d’unité, elle nous éloigne de la dispersion, nous donne de nous recueillir (dans ce qu’on appelle justement l’oraison de recueillement). Nous sommes alors en disposition d’accueil. Le corps, immobile, relâché, favorise en l’âme un « lâcher prise ». Nous acceptons de ne plus tout diriger… Quelqu’un s’occupe de nous ! Nous nous rendons particulièrement présent à la Présence de Dieu. L’oraison est une mise à distance, un temps à part, une « pause » qui repose ! Il y a notre part, dans cette disponibilité, mais il y a surtout la Présence de Jésus qui unifie : « Unifie mon cœur pour qu’il craigne ton nom. » (Ps 86, 11) ou dans une autre traduction : « Rassemble mon cœur… ».

Durant l’oraison, notre cœur « se rassemble », « s’unifie » ; moins dispersé, moins centré sur lui-même aussi, il peut davantage « craindre » le nom du Seigneur, c’est-à-dire se mettre « sous sa coupe », en dépendance à sa grâce de paix, de tendresse, d’amour, de pardon… comme le petit poussin blotti sous l’aile de sa mère ! Sortis de l’agitation et de l’inquiétude – dans ce qu’on appelle justement l’oraison de quiétude ou de simple regard – nous savons (même si ce n’est qu’une certitude de foi distincte du sentiment et du ressenti) que Dieu est là ! Nous savons qu’il nous regarde et nous recouvre de son amour. Nous sommes en sécurité dans sa main. Il est notre rempart (Ps 84,12) au cœur-même des tempêtes. L’oraison aiguise notre confiance qui engendre paix et joie comme l’ont vécu, dans le Livre de Daniel, les trois jeunes gens plongés dans la fournaise. Non, ce n’est pas la paix selon le monde, comme une absence de tout combat, mais une paix qui provient de la Présence intime de l’Hôte divin qui, à la fois, habite en nous et nous entoure de son amour.

Un sûr abri

La vie d’oraison nous aide à vivre davantage dans l’instant présent, à ne pas nous tourner inutilement vers le passé ou nous projeter dans l’avenir, à ne pas non plus nous arrêter sur nos humeurs et nos impressions aussi changeantes que la météo ! L’important, c’est Dieu ! Et il ne change pas… L’oraison nous exerce à tout rapporter à Dieu, même nos inconstances météorologiques intérieures ! Il est notre appui, ce Soleil qui surplombe nos oasis, nos déserts, la caravane de nos pensées et de nos distractions. Comme l’écrit sainte Thérèse de Lisieux dans l’un de ses poèmes : « Au-dessus des nuages / Le Ciel est toujours bleu / Où règne le Bon Dieu. » (PN 52). Elle dit la même chose en se comparant au petit oiseau qui n’a pas la force de contemplation de l’aigle ; c’est donc un point important, à garder devant soi : « Avec un audacieux abandon, il veut rester à fixer son divin Soleil… »

Confiance et abandon

Nous voyons combien la confiance et l’abandon sont un bon terreau pour vivre, même dans la tempête, la paix intérieure. Paix, confiance et abandon sont intimement liés aux fruits de l’Esprit auquel, par l’oraison, nous serons davantage dociles : « Laissez-vous mener par l’Esprit (…) Le fruit de l’Esprit est charité, joie, paix, confiance (…) » (cf. Ga 5, 16-24). Les ennemis de la paix sont le doute, les soucis, la non-docilité à l’Esprit Saint… et bien sûr le péché. « N’entretenez aucun souci, nous dit saint Paul, mais en tout besoin recourez à l’oraison et à la prière, pénétrées d’action de grâces, pour présenter vos requêtes à Dieu. Alors la paix de Dieu, qui surpasse toute intelligence, prendra sous sa garde vos cœurs et vos pensées, dans le Christ Jésus. » (Ph 4, 6-7) L’Apôtre nous dit ici clairement que la paix est un fruit de l’oraison ! Pensons à Jésus quand il s’adresse à Marthe : « Marthe, tu t’inquiètes et t’agites pour bien des choses. Une seule est nécessaire. C’est bien Marie qui a choisi la meilleure part : elle ne lui sera pas enlevée » (Lc 10, 41).

Jésus met l’accent sur le fait d’être présent à sa Présence avant toute chose ; l’oraison en est le lieu privilégié, mais cela doit progressivement rejaillir sur tout le reste de nos activités. Que l’on sente ou non cette Présence n’est pas le principal, mais bien de se plonger dans cette certitude de foi que le Soleil de l’amour, source de paix, est toujours là, et qu’il faut, avant tout, nous nourrir de sa Présence : « L’âme se plonge dans la paix ou, pour mieux dire, le Seigneur l’y plonge par sa présence » (Sainte Thérèse d’Avila, Chemin de Perfection 31, 2).

Nouvelle façon de vivre

La vie d’oraison fait que chaque matin nous nous remettons davantage à la disposition de Dieu. Nous quittons la maîtrise de nos projets personnels pour entrer dans le plan de Dieu. Nous découvrons peu à peu. Et nous apprenons à vivre au jour le jour. Même si nous avons bien sûr nos responsabilités, notre travail, nos emplois du temps. Ils sont vécus dans une juste distance, sans attache excessive. On sait changer d’orientation si les circonstances le demandent, on s’adapte aux imprévus, etc.

L’homme qui prie n’est pas un « superman », il vit avec ses faiblesses, ses soucis, ses handicaps, son péché, mais au milieu même des aléas et des souffrances de la vie, il s’habitue à s’en remettre à Quelqu’un, comme le Christ lui-même nous y invite : « Venez à moi vous tous qui peinez et ployez sous le poids du fardeau, et moi je vous donnerai le repos » (Mt 11, 28). Au-delà des remous de surface, le priant sait que son centre est plus profond. Sa joie, sa tranquillité et sa force viennent d’ailleurs, de cet Hôte intérieur. La paix n’est pas d’abord le produit de notre psychologie ou de nos efforts, mais bien un don de l’Esprit qui nous fait apprécier toute chose d’une façon nouvelle : « Ne prenez pas pour modèle le monde présent, mais transformez-vous en renouvelant votre façon de penser » (Rm 12, 2).

Cette nouvelle façon de vivre nous donne davantage d’assurance, d’endurance face aux épreuves et aux soucis de la vie. Notre espérance est alors en Celui qui nous aime et nous donne la Vie, dans la promesse du Repos éternel à goûter dès aujourd’hui !

 

Citation

« Je me suis appliqué soigneusement, et même pendant mon travail, à la présence de Dieu, que je considérais toujours auprès de moi… Et mon âme, qui jusqu’alors était toujours en trouble, se sentit dans une profonde paix intérieure. » Laurent de la Résurrection

 

Pour aller plus loin…

Rien que pour aujourd’hui :

  • Je prends un temps gratuit pour Dieu (au moins 20mn) avec un regard nouveau. Je le considére non comme un « devoir » mais comme un « refuge », me réjouissant de me laisser regarder et aimer par Jésus.  

Livres :

 

Retrouvez les articles précédents de notre série « Vie d’oraison ».
(publication éditée par des frères et sœurs de la Communauté des Béatitudes – ©droits réservés).

*Le Livre de Vie de la Communauté est le texte fondateur de la spiritualité de la Communauté. Vous pouvez le télécharger ici ou le commander aux Editions des Béatitudes.

Oraison

Ces articles sur la vie d'oraison sont extraits du bulletin mensuel "Il est là !" publié à l'usage des membres de la Communauté des Béatitudes et de leurs amis. Il est rédigé par un collectif de laïcs, prêtres, frères et sœurs consacrés, membres de la Communauté, avec le désir de stimuler la vie de prière, essentielle à la vocation aux Béatitudes comme à toute vie chrétienne authentique... C'est pourquoi nous sommes heureux de vous partager ces contenus simples.

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