Prier les Psaumes (n°74)

« Goûtez et voyez, comme le Seigneur est bon » (Ps 33,9). « Goûter Dieu ! Voilà ce que nous propose le Psautier » (José Tolentino Mendonça), sachant qu’à travers cette prière des sens, Dieu nous rejoint au plus intime. Jésus, en tant que Juif, dans la tradition pharisienne d’Israël, a prié les Psaumes, comme tout fils de son peuple. Il les a priés à la synagogue ou en privé, avec ses disciples en marchant sur les routes de Galilée ou en montant à Jérusalem, pour les fêtes. Sans doute les a-t-il vécus également d’une façon unique, jusque sur la Croix ! Nous-mêmes, chrétiens, nous les prions, en les recevant de notre frère aîné, « à qui appartiennent l’adoption, la gloire, les alliances, la Loi, le culte, les promesses et les Pères »(Rm 9,4-5).

Le livre des Psaumes

Le livre des Psaumes se situe presque au cœur des livres de la Bible. Une de ses caractéristiques propres est d’être le seul livre contenant entièrement un recueil de prières. Les Psaumes représentent une grande diversité et épousent tous les grands moments et élans de notre vie humaine : la louange, l’adoration, la supplication, la joie, l’angoisse et la tristesse, la mort et même la « malédiction des ennemis ». En effet, ce recueil et ses différents poèmes ou cantiques sont à la base de la prière juive depuis quasiment 3000 ans pour certains, et accompagnés par le chant des moines chrétiens depuis 2000 ans. Le livre des Psaumes est le livre privilégié de la prière de l’Église, dans la tradition occidentale. Sa place est de premier plan, que l’on songe à la prière des heures, à l’office divin des moines et à l’Eucharistie, du moins dans le rite romain.

Tous n’ont pas été écrits à la même époque. La chronologie des psaumes couvre plus de 800 ans, de -1000 à -150. La tradition spirituelle à l’habitude d’attribuer leur composition, pour la plupart d’entre eux, au roi David. L’entête de nombreux psaumes précise l’occasion de leur composition et même, parfois, avec quel instrument tel ou tel était chanté. Toutefois on constate que certains sont attribués à divers personnages de l’Orient Ancien, plus ou moins connus, et que d’autres encore sont tout simplement des prières cananéennes (« païennes ») adressées à des divinités locales « réemployées », mais transformées bien sûr et « inculturées » (« judaïsées ») au Dieu vivant et vrai. Le livre des Psaumes, leZebour coranique, est connu aussi dans la tradition musulmane, mais « en passant », cité avec la Torat, l’Injil et attribué également au prophète Daoud (David).

Le mot français « Psaumes » vient du grec πσαλτεριον qui est un instrument à cordes. Cela nous révèle que les psaumes étaient chantés avec des instruments à cordes. En hébreu, le mot Sefer ha Tehilim (ספר התהלים) signifie louanges ; la dominante devrait donc être à la louange, mais il est vrai que l’on trouve aussi des supplications et même des prières imprécatoires, c’est-à-dire de « malédictions », même si cela peut nous choquer au premier regard. Rappelons que si les Psaumes sont une prière ou des prières, ils sont à la fois des paroles humaines adressées à Dieu, mais également une Parole inspirée de Dieu qui s’adresse à l’homme.

Cette conception de la Parole de Dieu est dans la ligne de l’Incarnation – « théandrique » – à la fois divine et humaine. Elle est le lieu d’une rencontre et d’un dialogue entre l’homme et Dieu et réciproquement. Le recueil des Psaumes est donc une école de prière et de rencontre. « Les Psaumes expriment tout ce qu’éprouve l’homme devant le mystère de Dieu et sa propre destinée » (Joseph Gélineau). Comme dans une école, nous avons un apprentissage à faire de la langue, des images, des répétitions synonymiques et d’une syntaxe particulière, propre au génie sémitique. « L’hébreu est une langue charnelle, à la différence de la pensée grecque ou latine » (Christine Pellistrandi).

Par ailleurs, comme l’écrit l’apôtre Paul, « tout ce qui a été écrit à l’avance dans les livres saints l’a été pour nous instruire, afin que grâce à la persévérance et au réconfort des Écritures, nous ayons l’espérance » (Rm 15,4). La grâce des Psaumes, c’est d’établir notre cœur dans ces bonnes dispositions de confiance, d’abandon, de gratitude, d’espérance. Que représentent les donc les Psaumes dans la Bible ?

Langage humaine

Quand l’Esprit Saint parle au psalmiste, c’est d’abord la voix d’un homme du Premier Testament que nous entendons, autrement dit, un homme situé en un temps donné, avec la conscience d’une époque. Sa prière dénonce les persécuteurs du juste, le péché, et fustige la souffrance, l’angoisse, la mort ; mais elle exprime encore la joie de nos âmes, nos peines, notre espérance, notre amour, nos regrets, notre bonheur et le désir de paix. Dans ce sens, un seul verset d’un Psaume peut être pour le croyant source de consolation, de lumière, d’apaisement, de force, d’encourage-ment, de confiance renouvelée.

Le livre des Psaumes n’est pas d’abord un traité intellectuel, mais un recueil de poésies et de prières. Il parle avant tout à notre cœur, au sens biblique, c’est-à-dire à tout ce qui touche aux différentes facultés de notre être et à tous les aspects de notre vie. Les Psaumes ont ainsi une vertu tout à fait particulière pour faire du bien à notre cœur. Mais cette prière est aussi la prière d’un homme encore imparfait, lorsqu’il maudit par exemple. Elle s’exprime par des cris de foi, mais aussi par des colères, un désir de vengeance, et parfois de révolte vis-à-vis de Dieu qui semble dormir ! On ne trouve cette audace, incroyable et scandaleuse pour certains, que dans certaines tirades du livre de Job, par exemple aux chapitres 23 et 24.

Les Psaumes sont par ailleurs chargés de la Révélation et de l’expérience de la foi d’Israël qui trouve pour le chrétien une continuité et un accomplissement dans le Nouveau Testament, c’est-à-dire dans le Christ. Tous les mystères (du Christ), à travers ces images, peuvent s’y rencontrer, et pourrait-on dire sont célébrés dans ces poèmes : « L’Esprit Saint a caché et révélé le mystère du salut, où nous trouvons les vérités révélées au peuple élu, annonçant le Christ, son abaissement dans l’incarnation, sa divinité royale, sa souffrance et son sang versé pour notre rédemption » (Pie XII).

Invoquons donc en nos cœurs et sur toute notre Communauté la grâce de pouvoir entrer plus avant dans l’épaisseur et la profondeur de la prière des Psaumes.

Trois manières de prier les Psaumes

  1. Ce n’est pas un hasard si les Psaumes se conjuguent à la première personne du singulier. Je reprends donc à mon compte l’attitude du psalmiste, et comme telle, j’adresse à Dieu le regret de mes fautes, Ps 51 (50) ; mon angoisse, Ps 69 (68) ; mon action de grâce, Ps 138 (137) ; mon désir de Dieu, Ps 62 (61) ; ma supplication, Ps 120 (119) ; mon espérance, etc., selon les circonstances de ma vie ou de ma journée. 
  1. Je prie les Psaumes dans une perspective christologique, en entendant les mots de la bouche de Jésus. Je contemple avec Jésus le sens des mots que je prononce, et je reste sur un verset ou un seul mot aussi longtemps que j’y trouve du goût. Le Psaume devient une parole avec Lui et en Lui et une prière du Christ à son Père.
  2. Je peux encore prier les Psaumes dans une perspective ecclésiologique, c’est-à-dire « au nom de l’Église » et pour l’Église. Je me décentre alors de moi-même pour devenir la voix de l’Église. Ces paroles deviennent celles que l’Église adresse au Père, à Jésus-Christ. C’est la prière de la grande tradition monastique de l’office divin.

 

La citation

«Qui d’entre nous peut se vanter d’avoir réalisé l’idéal chrétien et de vivre entièrement de l’Esprit de Jésus ? Tout ce qui est dans l’homme de l’Ancien Testament est encore en nous. Nous aussi, nous sommes des chrétiens sur la route. » (Romano Guardini)

 

Pour aller plus loin…

Rien que pour aujourd’hui :

– De nombreux Psaumes à la première personne nous permettent de nous impliquer dans une relation vitale avec Dieu, avec Jésus. Je prends refuge dans un verset simple qui me parle et me berce intérieurement, comme une prière du cœur.

– Je mémorise un psaume connu (ce peut être en le chantant), tels le Psaume 23, le Psaume 62 ou le Psaume 131, et me laisse ainsi immerger dans une attitude humble et confiante dans mon contact avec Dieu et avec le prochain.

Lectures

  • Revue Sources vives, avril 2005, collectif, p. 36 et passim.

  • Psaumes et fêtes, Romano Guardini, Cerf.

  • Revue Études, 2001-6, La prière à l’école des Psaumes, Paul Beauchamp.

  • Les Psaumes du roi David, grand rabbin Sitruk, Youtube Torah-Box 2/08 2021.

Retrouvez les articles précédents de notre série « Vie d’oraison ».
(publication éditée par des frères et sœurs de la Communauté des Béatitudes – ©droits réservés).

Oraison

Ces articles sur la vie d'oraison sont extraits du bulletin mensuel "Il est là !" publié à l'usage des membres de la Communauté des Béatitudes et de leurs amis. Il est rédigé par un collectif de laïcs, prêtres, frères et sœurs consacrés, membres de la Communauté, avec le désir de stimuler la vie de prière, essentielle à la vocation aux Béatitudes comme à toute vie chrétienne authentique... C'est pourquoi nous sommes heureux de vous partager ces contenus simples.

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