La formation permanente (n°84)

Introduction

On en parle beaucoup et elle fait couler pas mal d’encre. Cependant, un flou demeure à son égard. Que revêt au juste cette formation permanente que l’Église préconise tant de nos jours ? Pour qu’elle ne devienne pas une frustration permanente, il est bon d’essayer d’apporter quelques éclai- rages « existentiels » sur le sujet.

Un état d’esprit

La formation permanente est avant tout un état d’esprit. La formation est, par nature, permanente. Elle ne saurait se limiter à une période déterminée de la vie. D’une part parce qu’elle nous rend plus aptes à répondre à une réalité en constante évolution, mais d’autre part et surtout parce que la vie avec Dieu, par sa nature même, exige une disponibilité permanente.
En effet, si la vie consacrée est en elle- même une appropriation progressive des sentiments du Christ, il apparaît évident que ce chemin ne peut que se poursuivre tout au long de l’existence, engageant toute la personne : son cœur, son esprit et ses forces (cf. Mt 22,37). En tant que membre d’une Famille ecclésiale de vie consacrée, chacun de nous peut se sentir concerné – avec les justes nuances – par ces orientations. Ainsi conçue, la formation devient une manière théologique de penser la vie (consacrée), constituant en elle-même une formation jamais achevée, une « participation à l’action du Père qui, par l’Esprit, développe dans le cœur les sentiments du Fils », comme l’écrit Jean-Paul II dans Vita Consecrata.

Nous pouvons tirer de cela deux conséquences. Premièrement, pour former la sensibilité, et non pas seulement les gestes extérieurs ou la conduite visible, un temps limité de formation ne suffit pas : c’est toute la vie qui est nécessaire. Il s’agit d’atteindre le cœur en profondeur, d’embrasser toute l’extension et la durée de l’existence. Même la mort et ce qui la précède – les limites, l’impuissance, la vieillesse, la solitude, etc. – deviennent autant de moments formatifs. L ’enjeu est la conversion du cœur, de ses désirs, de ses attentes et de ses rêves. Deuxièmement, pour former en nous les sentiments du Fils, il n’y a qu’un seul Maître, le Père, Lui qui connaît véritablement le Fils et qui se sert pour nous former de multiples médiations participant à son action.
La formation permanente ne se réduit donc pas à une simple mise à jour, à un recyclage ou à un rappel périodique pour tenir bon, que celui-ci soit spirituel, pastoral ou psychologique. Elle est une action pédagogique et créatrice du Père façonnant en nous le cœur de son Fils par la puissance de l’Esprit, à chaque instant de notre vie.

Les deux « poumons » de la formation permanente

La formation permanente comporte deux dimensions : l’extraordinaire et l’ordinaire. L’extraordinaire est conçue comme une mise à jour, un temps d’études ou de réflexion sur des thématiques revêtant une importance particulière pour la personne et son ministère ou apostolat : semaines de spiritualité, pèlerinages, retraites mensuelles, exercices spirituels, cours académiques, etc. Autant d’occasions qui, périodiquement, soutiennent et animent la vie spirituelle, intellectuelle, pastorale et charismatique de chacun. Ce sens traditionnellement donné à la formation permanente n’en constitue cependant qu’un aspect.
Amedeo Cencini souligne que le véritable « socle » de la formation permanente est sa dimension ordinaire : celle qui s’accomplit à chaque instant, à travers les médiations de la vie quotidienne. Elle ne nécessite pas de contextes particuliers mais se vit là où chacun est et travaille.
L’intégration de ces deux dimensions n’est pas automatique. La dimension extraordinaire ne peut répondre à elle seule à l’exigence de la formation. Elle devrait toujours orienter vers le quotidien où se joue la croissance en nous de l’homme nouveau, et où chacun est le premier responsable de son ouverture et de l’intégration de ce qu’il reçoit. De même, la formation permanente ordinaire doit rester ouverte à la dimension extraordinaire, car le risque serait sinon de penser à « sa » formation comme à quelque chose de privé, d’intimiste, que l’on gèrerait selon des critères subjectifs.

Grâce assurée

Nul instant de notre vie n’est privé de la grâce formative. À tout moment le Père est à l’œuvre pour former son Fils en nous par son Esprit. À nous de nous disposer à accueillir cette action du Père dans une attitude intérieure qui va au-delà de la simple disponibilité : la « docibilitas ». Elle est cette vigilance du cœur qui permet de saisir la plus petite des impulsions formatives, cette aptitude à se laisser enseigner. Elle constitue cette liberté d’apprendre tout au long de sa vie, dans tout milieu et tout contexte humain, afin de pouvoir s’instruire à partir de tout fragment de vérité et de beauté qui se trouve autour de soi.

Vocation « matutinale »

« Toute vocation est matutinale » (Amedeo Cencini) : chaque jour, le Père m’appelle, il ne me lâche pas un seul instant. Il importe de croire à cette grande vérité : Dieu me forme à travers les événements, la liturgie, le sacre- ment de l’Eucharistie. C’est un esprit de commencement : la formation est une maturité spirituelle de commen- çant, celle d’un cœur de plus en plus « docibile ».
Alors deviennent décisives l’ouverture à l’autre et à l’altérité, en particulier dans le rapport au temps. Les personnes « enseignables » se réapproprient le temps : elles ne le subissent pas, mais l’accueillent comme un don, entrant avec sagesse dans les divers rythmes – quotidien, hebdomadaire, mensuel, annuel – de la vie elle-même. Elles apprennent, d’une manière toute particulière, à se laisser façonner par l’année liturgique, à l’école de laquelle elles revivent progressivement les mystères de la vie du Fils de Dieu avec leurs propres sentiments, afin de repartir chaque jour du Christ et de sa Pâque de mort et de résurrection. Ainsi, « la formation n’est vraiment continue que lorsqu’elle est ordinaire et qu’elle s’effectue dans la réalité de tous les jours (…) Chacun est appelé à se laisser toucher, éduquer, provoquer, éclairer par la vie et par l’histoire, par ce qu’il annonce et célèbre, par les pauvres et par les exclus, par les proches et par ceux qui sont loin ».
Puissions-nous entrer, chaque jour davantage et de tout notre être, dans une telle formation, pour notre plus grand bonheur et celui de ceux et celles qui nous côtoient.

 

Tout peut devenir grâce…

Lorsque j’arrête d’indiquer à Dieu les médiations, c’est-à-dire les manières dont je voudrais qu’Il me parle, et que je choisis d’accueillir celles qu’Il me donne, tout ce que je vis devient agent de ma formation permanente. Exemple : quelqu’un a dit quelque chose de faux sur moi. Cela peut devenir un moment de formation permanente dans lequel Dieu me libère de mon désir d’estime des autres. Cela me fait souffrir, mais Dieu me libère de l’esclavage du « qu’en dira-t-on ? ». La calomnie devient alors un instrument de libération du moi, car Dieu seul est le principe de mon estime, que les autres me reconnaissent ou non, qu’ils parlent bien ou mal de moi. Dans la mesure où le cœur apprend à apprendre, tout est grâce, car tout devient formation permanente.

 

La citation

« Le disciple n’est pas au-dessus du maître ; mais une fois bien formé, chacun sera comme son maître. » (Jésus)

 

Pour aller plus loin…

Rien que pour aujourd’hui

Je peux prier ainsi pour m’ouvrir à l’action de la grâce :
Respire en moi, Saint-Esprit,
afin que je pense ce qui est saint.
Agis en moi, Saint-Esprit,
afin que je fasse ce qui est saint.
Attire-moi, Saint-Esprit,
afin que j’aime ce qui est saint.
Affermis-moi, Saint-Esprit,
afin que je garde ce qui est saint.
Garde-moi, Saint-Esprit,
afin que je ne perde jamais ce qui est saint.

Lectures
– Les sentiments du Fils, Amedeo Cencini, Éditions des Béatitudes.
– L’éternité au cœur du temps, Wilfrid Stinissen, Éditions du Carmel.

Retrouvez les articles précédents de notre série « Vie d’oraison ».
Textes écrits par des frères et sœurs de la Communauté des Béatitudes et édités aux Éditions des Béatitudes – ©droits réservés

Oraison

Ces articles sur la vie d'oraison sont extraits du bulletin mensuel "Il est là !" publié à l'usage des membres de la Communauté des Béatitudes et de leurs amis. Il est rédigé par un collectif de laïcs, prêtres, frères et sœurs consacrés, membres de la Communauté, avec le désir de stimuler la vie de prière, essentielle à la vocation aux Béatitudes comme à toute vie chrétienne authentique... C'est pourquoi nous sommes heureux de vous partager ces contenus simples.

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