Introduction
Nous avons sûrement tous fait l’expérience de fermer les yeux et de laisser le doux contact du soleil nous envahir, de profiter de la chaleur qui règne à l’intérieur et à l’extérieur de nous. À ce moment-là, nous avons l’impression que le monde est essentiellement harmonieux. Nous nous sentons libres. Nous sommes simplement en train d’être et de permettre que les choses soient ce qu’elles sont. Nous sommes présents dans l’instant de manière sensible et libre, en nous abandonnant à Dieu et à son contact. Notre sensibilité est alors un don de notre nature humaine qui nous permet de nous connecter au monde créé et à son Créateur.
La sensibilité de Jésus…
Ce Créateur est le Maître du temps et de la matière. La volonté de Dieu intervient directement dans le monde matériel au moment de la naissance virginale et de la résurrection de Jésus. Dieu a donc un pouvoir sur la matière, pouvoir qu’il met au service de sa miséricorde. Dieu s’est fait homme pour nous, a pris sur lui nos corps mortels pour se rendre visible, tangible, perceptible à nos yeux. Il a sanctifié notre humanité en devenant un être humain sensible. Les Écritures témoignent des émotions que Jésus a profondément ressenties et exprimées. Il n’était pas insensible à la douleur et à la joie de ses contemporains. Sa sensibilité était au service de sa mission. Par son existence même, Jésus témoigne que la culture d’un cœur sensible n’est pas une faiblesse mais une force qui, grâce à l’Esprit, permet un amour véritable et une connexion avec le Père et avec nos semblables.
Sensibilité ou hypersensibilité ?
Aujourd’hui, la psychologie considère la sensibilité comme une capacité par laquelle un individu peut plus aisément saisir différents stimuli, émotions et situations. Il est cependant important de souligner que l’homme doit toujours se déterminer par sa raison et par sa volonté, éclairées et fortifiées par la grâce divine. Tel est le point de repère selon lequel il convient de se situer par rapport à notre sensibilité.
Sensibilité n’est pas synonyme d’hyper- sensibilité. Il s’agit plutôt d’un trait de personnalité positif qui soutient notre existence. La sensibilité accroît notre intuition, de sorte qu’elle nous permet d’être plus en phase avec notre environnement. Elle nous aide aussi à être plus conscients, respectueux et empathiques envers Dieu, nous-mêmes et les autres.
La sensibilité est également une sorte de dispositif de signalisation interne. Elle peut nous faire signe si nous nous laissons trop porter par les événements sans chercher leurs sens en Dieu. Elle peut ainsi nous permettre de percevoir certaines choses, mais ce n’est pas elle qui doit gouverner nos attitudes. Il convient au contraire qu’elle se laisse toujours évangéliser par le travail de notre raison et de notre volonté. Lorsque nous sentons que nous sommes emportés par des émotions ou des passions, nous pouvons ramener notre attention vers notre centre, vers le lieu où Dieu vit en nous.
La sensibilité nous rend aussi capables de nommer nos différentes émotions, d’être en relation avec elles et de laisser partir celles qui entra- vent notre liberté. Le terme émotion vient du verbe latin movere (mouvoir) dont le préfixe renvoie au mouvement. L’émotion et l’action vont de pair. Nous pourrions d’ailleurs éviter bien des incompréhensions et des impasses dans la communication si nous nous entraînions à reconnaître les émotions qui nous habitent ou habitent l’autre.
Enfin, notre sensibilité peut être un pont vers l’autre. Elle peut nous aider à aborder les autres avec respect et, comme Jésus, à ouvrir notre espace intérieur à la réalité et à l’expérience de l’autre. Elle peut également nous pousser à reconnaître honnêtement les moments où nous ne sommes pas encore en mesure de le faire, en raison de notre état.
Une sensibilité à évangéliser
Pour qu’une vie chrétienne se déploie pleinement, la pratique des vertus est donc indispensable, en cultivant :
Nous faisons aussi l’expérience que notre sensibilité a besoin d’être éduquée et formée. Si nous ne prenons pas le temps du silence, de la rencontre intime avec Dieu et avec sa Parole, notre sensibilité peut dysfonctionner. Elle peut alors glisser vers l’insensibili- té, surtout à des moments critiques de notre vie. Dans ces périodes de crise, la sensibilité peut devenir un obstacle si elle se manifeste dans un comporte- ment qui nous isole de notre environnement, qui perd sa capacité au dialogue avec Dieu et les autres. La sensibilité requiert notre attention. Elle a besoin d’être touchée par l’Esprit de Dieu dans l’espace intérieur où nous vivons cette vie intime avec Celui qui nous a donné la vie.
Dans la tradition chrétienne, cet espace intérieur, occupé par Dieu, est la prière. Nous pouvons également le considérer comme un espace privilégié pour la connaissance de soi. Lorsque nous nous retirons dans le silence, nous nous donnons la possibilité de découvrir en nous-mêmes les racines de nos attitudes qui ne sont pas toujours rationnelles. De cette manière, tout ce qui reste inachevé dans notre vie se voit offrir un espace et la possibilité d’aller de l’avant par l’expression des émotions. Par exemple, lorsque je découvre et nomme les sentiments qui me tirent vers le bas, je peux m’aligner sur ma réalité intérieure, gérer mon comportement de manière plus consciente et me donner une chance de changer.
Dieu est toujours présent. La prière est l’attitude intérieure dans laquelle je dis : « me voici ». Tout ce qui s’ensuit est un don de Dieu. La prière régulière conduit à l’expérience d’une conscience de la présence de Dieu au milieu des activités quotidiennes. Elle nous permet d’accéder à un niveau plus complet de la réalité qui est constam- ment présente en nous et autour de nous. En même temps, la prière peut être un exercice de lâcher-prise : laisser nos pensées sur notre vie quotidienne s’écouler sans attente. Dans cette attitude intérieure, il y a un abandon de notre être à Celui qui est. Ce faisant, nous nous donnons à nous-mêmes et à notre sensibilité une chance de soutenir, de la manière la plus claire possible, la façon dont nous voyons le monde, y compris Dieu, nous-mêmes et les autres.
Notre sensibilité est donc un don de Dieu, puisqu’elle fait partie inhérente de notre humanité. Elle demande à être accueillie comme tel. Et comme tout ce qui fait notre humanité, à être conquise et sauvée par la grâce divine, moyennant notre collaboration.
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Notre sensibilité, au contact de la Parole de Dieu Si nous voulons former notre sensibilité pour qu’elle ressemble davantage à celle de Jésus, il est bon d’étudier régulièrement les Écritures. Nous pouvons le faire en regardant spécifiquement les émotions de Jésus dans un passage des Évangiles : quelle émotion l’a amené à s’exprimer de telle ou telle manière dans telle ou telle situation ? Les Évangiles nous ouvrent la voie vers les profondeurs personnelles de Jésus. Au-delà de la lecture, nous pouvons entrer dans une conversation avec Lui. Laissons-nous toucher et conduire dans nos propres profondeurs par le regard et par les paroles de Jésus. Notre sensibilité et notre réalité interne deviennent de plus en plus matures lorsque nous faisons l’expérience de l’amour de Dieu et que nous reflétons ce que nous avons vécu avec Lui dans le silence de notre cœur. D’après un extrait de Dans mon cœur du feu, de Johannes Hartl |
La citation
« Les paroles de Jésus montrent que sa sainteté n’élimine pas les senti- ments. Elles révèlent en certaines occasions un amour passionné qui souffre pour nous, s’émeut, s’afflige jusqu’aux larmes. » (Pape François)
Pour aller plus loin…Rien que pour aujourd’hui Lectures
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Textes écrits par des frères et sœurs de la Communauté des Béatitudes et édités aux Éditions des Béatitudes – ©droits réservés