L'art
 

« L'art, en effet, est une forme d'expression proprement humaine; au de-là de la recherche des nécessités vitales commune à toutes les créatures vivantes, il est une surabondance gratuite de la richesse intérieure de l'être humain. Surgissant d'un talent donné par le Créateur et de l'effort de l'homme lui-même, l'art est une forme de sagesse pratique, unissant connaissance et savoir-faire (Sg 7,18) pour donner forme à la vérité d'une réalité dans le langage accessible à la vue ou à l'ouïe. L'art comporte ainsi une certaine similitude avec l'activité de Dieu dans le créé, dans la mesure où il s'inspire de la vérité et de l'amour des êtres. Pas plus qu'aucune autre activité humaine, l'art n'a en lui-même sa fin absolue, mais il est ordonné et annobli par la fin ultime de l'homme »
(cf. Pie XII, discours 25 décembre 1955 et discours 3 septembre septembre 1950)

La vocation de la Communauté des Béatitudes est d'abord contemplative, et celui qui va de l'avant dans une vie contemplative peu à peu devient sensible au moindre frémissement de Dieu dans la création qui l'entoure, l'autre qu'il rencontre, la parole qui retentit ou le silence qui s'étend, - tout ce qui porte une étincelle de sa présence au coeur de ce monde. Depuis sa fondation en 1973, la Communauté a vu naître en son sein diverses expressions artistiques sans l'avoir concerté ni recherché : aussi naturellement, en somme, que la vie connaît ses éclosions, l'arbre portant sa fleur puis son fruit. Le rayonnement de la prière et d'une vie fraternelle centrée sur Dieu ont ouvert des chemins à l'art, que ce soit à travers la liturgie, les arts plastiques, la danse, la décoration forale, etc. La réflexion ne s'est ébauchée que dans un deuxième temps, comme un regard sur le chemin parcouru, pour relire et mettre en mots ce qui a émergé spontanément et comme nécessairement, -l'on aurait envie de dire: presque aussi simplement que l'on respire. Finalement, la beauté n'est-elle pas d'abord un art de vivre correspondant au fait de se mettre en syntonie avec Dieu?

La dimension artistique fait ainsi partie de notre vocation, et c'est sans doute un défi, à l'heure où l'art, pour exister dans sa gratuité fondamentale, a parfois trouvé nécessaire de bannir Dieu, se coupant de tout un héritage culturel et religieux pour redéfinir les "canons" de son esthétique en termes négatifs: ce qui n'est pas classique, pas figuratif, pas commun... Tout en supposant pour l'humanité une "communauté de destin", la possibilité de communiquer à l'autre quelque chose qui appartient à l'expérience et à la perception particulières ! En réalité le beau constitue un besoin vital, et l'artiste cristallise dans une expression toute personnelle quelque chose de l'universalité de l'homme !

La Lettre aux artistes que le pape Jean-Paul II avait donnée à l'Eglise en 1999 a resitué et le sens et l'importance de l'art - et de l'investissement des chrétiens dans ce domaine (extraits). De même que la création porte l'empreinte du Créateur et communique quelque chose de ce qu'Il est, la création artistique, dans la diversité de ses formes et de ses expressions -concrètes ou abstraites-, est appelée à transmettre quelque chose de l'ineffable beauté Celui qui a voulu associer 'homme au parachèvement de son oeuvre. Et derrière la singularité et même l'unicité se dit quelque chose d'une l'ambition de partage, le pari d'un langage qui interpelle au-delà des spécificités propres à chaque individu.

Aussi avons-nous à coeur d'accueillir et d'encourager les talents artistiques, de promouvoir la création - spécialement dans le domaine de l'art sacré. En France, une de nos maisons a pour vocation plus spécifique de porter cette dimension de manière privilégiée, pour un rayonnement qui excède celui de la Communauté et même celui de la foi catholique, dans le désir d'une ouverture au dialogue interreligieux et à l'internationalité (lien).

Voir:
Ce que dit le Catéchisme de l’Eglise Catholique (1998) sur l’art
Jean-Paul II, Lettre aux artistes (1990), quelques extraits